Le virus de la grippe A n’est pas en vacances !
Publié le 03. juil, 2009 par La Rédaction dans la catégorie Dernière heure
Alors que commencent les vacances, propice aux voyages, le virus A (H1N1) de la grippe porcine poursuit sa propagation dans le monde, où l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recense 332 décès et plus de 77 000 contaminations.
Apparition du virus H1N1
L’apparition d’une nouvelle souche du virus de la grippe au Mexique le 22 mars et sa propagation aux États-Unis, au Canada et en Espagne ont incité l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à déclarer l’état d’alerte, et plus tard celle de la première pandémie du 21e siècle.
Les autorités mexicaines ont signalé des milliers de cas de grippe porcine et des centaines de décès dus à cette forme de grippe. L’OMS a pu confirmer que des centaines de décès avaient été causés par le nouveau virus H1N1 de la grippe porcine, selon le porte-parole de l’OMS, M. Gregory Hartl.
Le nombre de cas a explosé aux États-Unis en avril, poussant les autorités sanitaires à déclaré l’état d’alerte afin de permettre de consacrer des ressources d’organismes de l’État fédéral, des États fédérés et des collectivités locales à la prévention et à l’atténuation des effets de cette maladie, a expliqué la ministre de la sécurité intérieure, Mme Janet Napolitano.
La directrice générale de l’OMS, le docteur Margaret Chan, a déclaré, le 25 avril, que l’on n’avait pas encore des connaissances détaillées de l’épidémiologie ou des risques ainsi que des possibilités de propagation de cette maladie au-delà des zones actuellement touchées. L’OMS estime qu’il s’agit d’une situation grave que l’on doit suivre de très près.
Des chercheurs et des spécialistes du Centre d’épidémiologie des États-Unis (Centers for Disease Control and Prevention ou CDC), de l’OMS et de son Réseau mondial d’alerte et d’action en cas d’épidémie, composé d’institutions qui mettent en commun leur personnel et leurs moyens techniques pour découvrir rapidement les causes d’une épidémie et pour y faire face au niveau international, se sont rendus au Mexique pour aider ce pays à répondre aux nombreuses questions relatives au virus H1N1 qui comprend des virus de grippe aviaire et de grippe porcine de l’Amérique du Nord, un virus de grippe porcine d’Asie et un virus de grippe humaine, a indiqué Mme Nancy Cox, du CDC, le 26 avril.
« Chacun sait que les virus de la grippe sont imprévisibles et pleins de surprises, comme nous le voyons à l’heure actuelle », a dit Mme Chan.
« Les virus qui sont à l’origine des cas de grippe dans certaines régions du Mexique et des États-Unis sont génétiquement les mêmes, a-t-elle expliqué. Il s’agit d’une souche animale du virus H1N1, qui est susceptible de causer une pandémie parce qu’il se transmet à l’homme. Toutefois, on ne peut pas dire, en fonction des données biochimiques, épidémiologiques et cliniques dont on dispose actuellement, si elle risque de causer une pandémie. »
L’OMS a déclaré l’état d’alerte conformément au Règlement sanitaire international qui est entré en vigueur en juin 2007, après avoir été révisé en 2005.
Un grand nombre des mécanismes et des méthodes qui permettent à l’OMS de déclarer rapidement l’état d’alerte en cas d’apparition de foyers de maladie infectieuse sont issus de ce règlement. Les États membres de l’OMS sont censés en vertu de ce règlement signaler à cette institution tous les phénomènes de santé publique. Ils doivent notamment signaler immédiatement les cas de variole, de poliomyélite, du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et les nouvelles souches de grippe humaine.
Il reste encore à savoir si l’on mettra au point un vaccin contre le H1N1, même si l’OMS et le CDC agissent comme si on allait prendre cette décision. Lors de la conférence de presse qu’il a donnée le 26 avril à la Maison-Blanche, le directeur par intérim du CDC, le docteur Richard Besser, a déclaré : « Toutes les fois qu’une nouvelle souche de grippe fait son apparition, nous commençons à prendre des mesures pour le cas où il faudrait produire un vaccin. »
Les virus ABC de la grippe
Il existe trois sortes de virus de la grippe : A, B et C. Ils peuvent contaminer des personnes, des oiseaux, des porcs, des chevaux, des baleines et d’autres animaux, mais les oiseaux sauvages sont leur hôte naturel. Les virus de type A mutent beaucoup plus rapidement que ceux de type B et C. On les classe en 2 sous-types en fonction de la présence de deux protéines existant sur la surface du virus : l’hémagglutinine (HA) et la neuraminidase (NA).
On compte 16 sous-types HA et 9 sous-types NA, dont l’appellation est fonction du nombre de leurs protéines de surface. Les lettres H et N dans les noms des sous-types tels que H1N1 et H5N1 représentent ces protéines.
La nouvelle souche H1N1 qui est apparue au Mexique est à l’origine de ce qu’on appelle une grippe porcine, mais les spécialistes ne savent pas encore comment cette maladie se transmet à l’homme.
Selon le docteur Peter Cowan, professeur d’épidémiologie et de santé publique de l’école vétérinaire qui relève de l’université de l’État de New York, on considère que le H1N1 est le virus de la grippe porcine à cause du virus qui a provoqué en 1918 la mort d’une multitude de porcs et d’hommes, phénomène que l’on connaît sous le nom de grippe espagnole. « Le virus H1N1 de 1918 a probablement pour origine des oiseaux sauvages, mais son origine précise demeure toujours inconnue. »
La grippe espagnole a tué dans le monde entier près de 50 millions de personnes, dont la moitié d’entre elles étaient de jeunes adultes en bonne santé. Les virus H1N1 circulent encore de nos jours après avoir fait une réapparition chez l’homme dans les années 1970.
Première pandémie du XXIe siècle
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a décidé d’élever le niveau d’alerte à la pandémie de grippe à la phase 6 après avoir confirmé avec des virologistes et des responsables de la santé publique de ses États membres que le nouveau virus H1N1, qui cause chez la plupart des personnes une maladie sans grande gravité du genre de la grippe saisonnière, se propage d’une personne à l’autre d’une manière ininterrompue dans 74 pays de 3 continents.
La déclaration de pandémie de l’OMS, la première depuis 1968-1969 lorsque le virus H3N2 de la grippe qui avait fait son apparition à Hongkong a causé 700.000 décès, signifie que le virus s’est répandu à travers le monde, mais sans devenir plus dangereux, et que tous les pays doivent commencer à appliquer leur plan national de lutte contre la pandémie.
« Je me suis entretenue avec d’éminents spécialistes de la grippe, des virologistes et des responsables de la santé publique et, conformément aux procédures établies dans le Règlement sanitaire international, j’ai sollicité l’avis d’un comité d’urgence institué à cette fin », a déclaré la directrice générale de l’OMS, le docteur Margaret Chan.
« Sur la base des données factuelles disponibles et de leur évaluation par ces spécialistes, a-t-elle poursuivi, les critères scientifiques définissant une pandémie de grippe sont remplis. (…) La pandémie de grippe 2009 a maintenant commencé. »
Le 11 juin, l’OMS a indiqué que 74 pays avaient signalé officiellement 28.774 cas de grippe A(H1N1) et 144 décès. Les pays où les cas sont les plus nombreux sont les États-Unis (13.217), le Mexique (6.241), le Canada (2.446), le Chili (1.694) et l’Australie (1.307).
« Une des caractéristiques des pandémies est leur propagation rapide à toutes les parties du monde, a indiqué le docteur Chan. Au siècle dernier, cette propagation a généralement pris de 6 à 9 mois, alors même que les voyages internationaux se faisaient par bateau ou par train.
« Les pays doivent être prêts à voir apparaître des cas ou à voir augmenter le nombre de cas dans un proche avenir. Les pays où les flambées semblent avoir atteint leur pic doivent se préparer à une deuxième vague d’infection. Des recommandations concernant les mesures spécifiques de protection et précaution ont été adressées aux ministères de la santé de tous les pays. »
La préparation des pays
Des responsables de l’OMS ont collaboré avec des représentants des États membres pendant des semaines de manière à garantir que tous ces pays étaient prêts à faire la transition de la phase 5, que l’OMS avait déclaré constituer, le 29 avril, un signal important indiquant qu’une pandémie était imminent et qu’il était temps que les pays s’organisent, communiquent entre eux et prennent des mesures d’atténuation.
Les préparations en cours consistent à faire en sorte que les pays disposent des informations et des outils essentiels pour tous leurs habitants, à mettre au point des vaccins, à accroître l’approvisionnement en remèdes antiviraux, à élaborer des directives en matière de traitement et à fournir des mises à jour des connaissances scientifiques du nouveau virus H1N1.
Lors de la conférence de presse qu’il a donnée le 9 juin, le directeur général adjoint de l’OMS pour la sécurité et l’environnement sanitaire, M. Keiji Fukuda, a déclaré : « Le passage d’une phase à une autre ne consiste pas seulement à se mettre en face des appareils de photo de la presse ou de faire une annonce. C’est une manière de préparer le monde à faire face à la situation. »
L’OMS, a-t-il dit, cherche à « débattre de la gravité de la situation et à fournir des conseils aux pays sur la façon de modifier et d’adopter les mesures nécessaires pour faire face à la situation actuelle et de ne pas s’enfermer dans des plans préexistants ».
La plupart des plans nationaux de lutte contre une pandémie ont été élaborés pendant la propagation du virus H5N1 de la grippe aviaire chez les volatiles et chez l’homme. Contrairement au H1N1, le H5N1 ne se transmet pas facilement chez l’homme, mais il est beaucoup plus meurtrier. Les plans de lutte contre ce virus peuvent prévoir des mesures telles que la fermeture des frontières et des embargos commerciaux qui sont plus extrêmes que ce qu’il est nécessaire pour faire face au H1N1.
Depuis 2003, une quinzaine de pays ont signalé 433 cas de grippe aviaire chez l’homme qui ont causé le décès de 262 personnes. Le Vietnam (4 cas, tous meurtriers) et l’Égypte (27 cas et 4 décès) en ont encore signalé cette année. Ces deux pays ont également signalé des cas de grippe A(H1N1) (15 au Vietnam et 8 en Égypte), ce qui fait craindre aux scientifiques que les souches de virus puissent créer une nouvelle souche aux caractéristiques imprévisibles.
Les personnes dont la situation est la plus vulnérable
Lors de la conférence de presse qu’il a donnée le 11 juin, le nouveau directeur du Centre d’épidémiologie des États-Unis (Centers for Disease Control and Prevention ou CDC), le docteur Thomas Frieden, a déclaré que les États-Unis allaient continuer d’agir activement contre le nouveau virus A(H1N1).
« Nos principaux objectifs, a-t-il dit, sont de déterminer les lieux où les virus se propagent et de réduire leurs effets, en particulier pour ceux dont la situation est la plus vulnérable, à savoir les personnes qui ne sont pas en bonne santé et les nouveau-nés dans ce cas-ci. »
Pour sa part, la directrice du Centre national d’immunisation et des maladies respiratoires qui relève du CDC, le docteur Anne Schuchat, a indiqué que ce virus continuait de se propager aux États-Unis, où le nombre des hospitalisations était supérieur à un millier et celui des décès s’élevait à 27.
Le CDC, qui est un des centres de collaboration de l’OMS pour la surveillance, l’épidémiologie et le contrôle de la grippe, a pris les premières mesures pour mettre au point un vaccin candidat en fournissant le virus à plusieurs laboratoires et fabricants dans d’autres pays, a précisé le docteur Schuchat lors de la conférence de presse qu’elle a donnée le 4 juin. Ce virus peut être utilisé pour produire des doses de vaccin destinées à réaliser des essais afin de déterminer si ce vaccin entraîne une réaction du système immunitaire et s’il n’est pas toxique pour les personnes à qui il est administré.
« La décision de savoir s’il faut ou non utiliser un vaccin et comment l’utiliser, a-t-elle déclaré, n’a pas été prise et ne le sera pas tant qu’on ne disposera pas de plus amples informations sur les formes de la maladie et sur les résultats du vaccin lors d’essais cliniques. »
L’OMS, a dit le docteur Chan, maintient « un dialogue étroit avec les fabricants de vaccins antigrippaux. Il semble que la production des vaccins contre la grippe saisonnière s’achèvera sous peu et que l’intégralité de la capacité de production pourra être exploitée pour fabriquer le plus grand nombre possible de vaccins contre la grippe pandémique au cours des mois à venir. »
La coopération mondiale avec l’Organisation mondiale de la santé et avec les pays du monde entier est excellente, a indiqué pour sa part le docteur Frieden. « C’est là l’une des nombreuses conditions qui nous rappellent que nous sommes tous interdépendants et qu’un grand nombre des décisions prises aux États-Unis dépendront de bonnes informations en provenance de pays latino-américains, africains, asiatiques, de l’Australie, etc. Il est très important que nous fassions face ensemble à cette situation. »
Deux cas de résistance au Tamiflu
Deux cas de résistance à l’antiviral Tamiflu ont été enregistrés ces deux dernières semaines, ce qui fait redouter une mutation du virus H1N1. Le premier cas de résistance au Tamiflu a été confirmé la semaine dernière par l’institut danois de sérologie. Un deuxième cas de résistance au médicament de référence Tamiflu suite à une « mutation génétique du virus » a été confirmé au Japon.
Premiers vaccins à l’automne
La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a annoncé que les premiers vaccins anti-grippe A (H1N1) seront disponible en France à l’automne pour que tous ceux qui le souhaitent soient vaccinés. Le vaccin ne sera pas obligatoire, a-t-elle précisé.
Un sommet au Mexique
Le premier sommet international contre la grippe A/H1N1 a été organisé par l’OMS dans la station balnéaire de Cancun, au Mexique, le 2 juillet 2009. Il a permis aux principaux responsables sanitaires de quarante pays de faire le point sur la situation.
Quatre nouveaux décès liés au virus de la grippe A(H1N1) ont été rapportés ce vendredi au Canada, ce qui porte à 31 morts le bilan de la maladie qui a infecté plus de 8.500 Canadiens.


