Grippe AUn jeune homme de 17 ans a succombé au virus de la grippe A/H1N1 aux Pays-Bas, ont annoncé mardi les autorités sanitaires néerlandaises, précisant qu’il s’agit du premier cas mortel dans le pays.

Les Pays-Bas ont déjà enregistré 663 cas de grippe A/H1N1. Le premier cas mortel a été confirmé ce mardi. Il s’agit d’un jeune de 17 ans qui souffrait d’autres maladies, ont précisé les autorités sanitaires.

En annonçant un décès par grippe porcine A/H1N1, que ce soit en parlant d’un homme de 58 ans, d’une femme de 38 ans, ou de ce jeune homme de 17 ans, les professionnels de santé s’empressent presque toujours d’ajouter que « l’état de santé préalable » de la victime a pu contribuer à cette issue fatale.

Asthme, maladies cardiaques, diabète, et peut-être même l’obésité sont cités pèle mêle parmi les antécédents auxquels on a recours pour expliquer et justifier, la gravité d’une grippe porcine qui a entraîné l’hospitalisation ou le décès d’un sujet jeune, qu’on attendait plutôt, à voir se rétablir pleinement comme lors d’une grippe saisonnière.

Cette attitude consistant à vouloir trouver une explication à la gravité de la nouvelle grippe, de la part des professionnels, pourrait créer l’impression que c’est seulement les sujets ayant des antécédents pathologiques qui meurent de ce nouveau virus de la grippe H1N1. Or, c’est loin d’être le cas, bien au contraire, beaucoup, y compris l’OMS, rapportent qu’entre un tiers et une moitié des décès par grippe porcine se sont produits chez des personnes qui étaient précédemment saines. Mais il s’agit aussi de vérifier à quel point ces personnes déclarées « saines » étaient vraiment « saines ».

La réponse à cette question dépend de la personne à qui vous la posez.

Le Dr. Anand Kumar qui est un spécialiste en évaluation critique des soins et qui avait été impliqué dans le traitement de cas de grippe porcine dans des unités de soins intensifs (ICU) dans plusieurs Hôpitaux de Winnipeg, rapporte que seule une petite partie des patients des ICU ressemble au profil classique des victimes de la grippe saisonnière hospitalisés de dans de telles structures : soit des personnes ayant des pathologies préexistantes connues pour leur tendance à être aggravées par un épisode grippal.

La majeure partie des cas traités en ICU, pour nouvelle grippe, est composée de sujets jeunes, qui jusqu’à ce qu’ils soient tombés malades, étaient en meilleure état de santé que les patients typiquement hospitalisés pour grippe saisonnière pendant une saison grippale ordinaire. Ces jeunes, relativement en bonne santé, sans être pour la plupart, bien entendu « des super athlètes » sont des personnes normales à qui si vous posez la question ’’Êtes-vous en bonne santé ? ’’ Ils vous répondraient, sans hésiter, ’’oui en excellente santé ’’.

* Or cette litanie répétée de « de l’existence de pathologies préexistantes » n’est que le reflet d’une sorte de désir inconscient, de vouloir à tout prix trouver une explication au fait que ce nouveau virus envoie à l’hôpital ou à la morgue une classe d’âge, si peu habituelle, pour etre en conformité avec ce l’on connaît pour la grippe saisonnière.

* Les médecins s’accrochent à cette explication sans la vérifier en bonne et due forme : car une personne de 30 ans qui a un asthme léger, n’a certainement pas autant de risque associé à sa pathologie préexistante qu’une personne de 80 ans qui a une mauvaise maladie pulmonaire, due à un tabagisme, et compliquée de cardiopathie. C’est ce dernier groupe qui habituellement développe les formes graves de grippe, et non pas celui du jeune adulte en bonne santé.

Le risque d’une telle attitude est qu’on ne puisse ainsi avoir que peu d’arguments, affirmant que ce virus est entrain, actuellement, de causer une maladie plus grave chez des personnes bien plus jeunes que celles qui sont normalement hospitalisées et tuées par la grippe saisonnière ou par ses complications

pendant une saison grippale ordinaire. Cette attitude médicale ne fait que retarder le moment où l’on devra se rendre aux évidences suivantes : (1) Cette grippe, n’est pas une maladie qui n’affecte gravement que les adultes les plus âgés, elle affecte surtout les personnes de moins de 50 ans, chez lesquelles cette nouvelle grippe est une maladie significativement plus grave que la grippe saisonnière. (2) De même, cette grippe A/H1N1 est chez les personnes de plus de 50 ans, une maladie bien meilleure qu’une grippe saisonnière.

Ces certitudes ne peuvent, bien entendu, être définitivement établies que lorsqu’on saura avec exactitude que les personnes de moins de 50 ans, sévèrement frappées par ce virus étaient ou non vraiment en parfaite santé ou est ce qu’un bon nombre d’entre elles aurait pu être rangé, un peu trop facilement, sous la large appellation de sujets ayant une « pathologie préexistante ».

Pour ce rendre compte de la difflué de la chose, il suffit de voir comment une maladie comme l’asthme – retrouvée chez 41% des cas hospitalisés à New York City – peut déjà fausser la réponse à cette question en l’absence de classification nette et méthodique de la maladie (un asthme léger, n’a pas le même poids comme facteur de risque lié à la présence d’une pathologie pulmonaire préexistante qu’une pathologie pulmonaire chez une personne de 80 ans, qui a une mauvaise maladie pulmonaire, due à un tabagisme, et compliquée de cardiopathie).

D’ailleurs en l’absence de classifiassions nette des malades on se retrouve parfois en contradiction totale avec soi-même : il arrive qu’on ne considère pas comme malade quelqu’un qui a qu’un asthme, mais d’un autre côté on lui prescrit une vaccination antigrippale parce que on le considère à haut risque pour la grippe saisonnière.

D’Année en année, les professionnels de santé publique, voient se confirmer de plus en plus la tendance qu’ont de nombreuses personnes ayant des problèmes de santé à se classer eux-mêmes fermement de côté « bien portant » du fossé qui sépare malades et bien portants. C’est cette attitude qui fait que des sujets ayant un asthme, diabète, d’autres pathologies, et des femmes enceintes, mais se considérant en bonne santé, renoncent au vaccin antigrippal qu’ils sont invités à subir par les professionnels de Santé publique.

À New York City, qui a subi l’une des plus grandes manifestations de grippe porcine, on recense jusqu’au 16 juin 2009, plus de 700 hospitalisations pour grippe porcine et 23 décès dus à cette infection. Avec de tels chiffres, on pourrait caractériser le modèle qui émerge. Mais en fait, on croit que de nombreuses situations sanitaires, connues depuis des années, pour leur capacité à augmenter le risque posé par la grippe saisonnière sont également retrouvées chez les personnes ayant des formes graves de grippe porcine.

Dans la majorité des cas de décès les facteurs de risques liés à une pathologie antérieure ont été bien identifiés, Chez les malades chez qui ont n’a pas trouvé de facteurs de risques, ces derniers peuvent aussi exister mais non encore identifiés. Car de nouveaux facteurs de risque ont été retrouvés, mais les tailles des séries ne permettent encore de l’affirmer avec une certitude statistique.

L’un de ces nouveaux facteurs de risque probable est l’obésité. Une étude antérieure du CDC a déjà laissé entrevoir son rôle possible dans les mauvais résultats obtenus chez des personnes ayant contracté le nouveau H1N1. L’OMS est très préoccupée par cette éventualité, l’obésité étant maintenant un énorme problème planétaire, et si l’obésité s’affirme comme facteur de risque, il y’aurait en effet de bonnes raisons d’être inquiet, pour les populations où elle sévit largement. Quatre des personnes qui sont décédées à New York City étaient obèses, mais on ne peut pas encore se prononcer si c’est l’obésité seule qui a aggravé les cas par elle-même, ou si l’action aggravante s’est faite par le biais de l’une des Co-morbidités de l’obésité (comme une atteinte cardiaque débutante, ou un diabète), qui serait alors, dans ce cas, le véritable facteur de risque.

Apporter une réponse sera difficile mais nécessaire, car connaître les véritables facteurs de risque liés à ce virus imposera les groupes prioritaires pour le vaccination contre la nouvelle grippe A/H1N1, dès que le vaccin sera disponible, comme les groupes prioritaires pour l’accès aux antiviraux.

En attendant la détermination de facteurs de risque spécifiques à ce virus, il reste raisonnable de supposer que les personnes les plus âgées ont un certain degré de protection dû à une exposition antérieure à un agent immunitairement proche. Dans ce cas il serait justifié d’accorder aux groupes d’âge les plus jeunes la priorité dans la vaccination contre cette grippe porcine A (H1N1) dès qu’il sera disponible, et de continuer à vacciner les groupes les plus âgés contre la grippe saisonnière.

L’Ordre des Médecins

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