Les réservoirs du VIH mieux identifiés : vers de nouvelles stratégies thérapeutiques
Publié le 24. juin, 2009 par La Rédaction dans la catégorie VIH/ Sida
Une découverte par une équipe de chercheurs canadiens et américains ouvre la voie vers de nouvelles thérapies contre le VIH-SIDA. Dorénavant, il pourrait être possible de traiter l’infection au VIH-SIDA en ajoutant une chimiothérapie ciblée au traitement actuel appelé HAART (Highly Active Anti-Retroviral). Cette solution inédite permettrait de détruire autant les virus circulants dans le corps que ceux dissimulés dans les cellules du système immunitaire.
L’étude ayant mené à cette conclusion sera publiée dans Nature Medicine ; elle a été dirigée par le Dr Rafick-Pierre Sékaly de l’Université de Montréal. Le Dr Jean-Pierre Routy, de l’Institut de recherche du Centre Universitaire de santé McGill (CUSM) et des chercheurs des National Institutes of Health et de l’Université du Minnesota aux Etats-Unis ont également collaboré à ce projet.
Jusqu’à présent les traitements contre le SIDA se sont toujours heurtés à l’élimination des « réservoirs du VIH » : des cellules du système immunitaire où le virus se cache et où les traitements HAART actuels ne peuvent pas l’atteindre. Les chercheurs ont réussi à identifier les cellules où se cache le VIH ainsi que les mécanismes qui permettent au virus d’échapper aux traitements actuels. Ils ont ainsi ouvert la voie à de nouvelles thérapies complètement différentes de ce qui est utilisé actuellement.
« Nos résultats plaident en faveur d’une stratégie semblable à celle utilisée contre la leucémie : une chimiothérapie, associée à un traitement immunitaire ciblé, » souligne le Dr Rafick-Pierre Sékaly, professeur à l’Université de Montréal, chercheur au Centre de recherche du Centre Hospitalier de l’Université de Montréal, directeur INSERM 743 et directeur scientifique du Vaccine and Gene Therapy Institute de Floride. « Cela permettrait de détruire les cellules contenant un virus, tout en donnant au système immunitaire le temps de se régénérer avec des cellules saines.« »Pour la première fois, cette étude prouve que les réservoirs du VIH ne sont pas du a une insuffisance de puissance des antirétroviraux mais à la persistance du virus dans deux types de cellules immunitaires CD4 mémoires à vie longue : » explique le Dr Jean-Pierre Routy, hématologue au CUSM, chercheur en Infection et immunité à l’Institut de recherche du CUSM, ainsi que professeur en hématologie à l’Université McGill. « Il existe donc plusieurs types de réservoirs du VIH, chacun d’eux nécessitant un traitement différent afin d’être éliminé. »
En effet, une fois que le virus est dissimulé dans ces cellules-réservoirs il en devient dépendant : si la cellule vit, le virus vit mais si la cellule meurt, le virus meurt aussi. Détruire ces cellules immunitaires revient donc à éliminer la partie la mieux cachée du virus. Les traitements HAART actuels détruisent efficacement les virus circulants dans le corps, mais ne peuvent pas atteindre ceux dissimulés dans les cellules-réservoirs.
« Nous avons désormais de toutes nouvelles options à explorer au cours des prochaines années pour combattre le VIH, » conclut Nicolas Chomont, stagiaire post-doctoral au département de microbiologie et immunologie de l’Université de Montréal et l’un des co-auteurs de cette étude. « La combinaison des approches fondamentales et cliniques a mené à des résultats étonnants qui nous permettent d’élucider un autre des mystères de ce virus aux mille visages. »
Cette approche nouvelle est actuellement poursuivie dans d’autres laboratoires, en particulier en France dans le cadre d’un groupe de travail coordonné par l’ANRS1.
Cette étude a été financée par l’American Foundation for AIDS Research (amfAR), le National Institutes of Health, les Instituts de recherche en santé du Canada et le Réseau FRSQ-SIDA.
Référence
“HIV reservoir size and persistence are driven by T cell survival and homeostatic proliferation”
Nicolas Chomont1–3, Mohamed El Far1–3, Petronela Ancuta3, Lydie Trautmann1–3, Francesco A Procopio1–3, Bader Yassine-Diab1–3, Genevieve Boucher1, Mohamed-Rachid Boulassel4, Georges Ghattas5, Jason M Brenchley6, Timothy W Schacker7, Brenna J Hill8, Daniel C Douek8, Jean-Pierre Routy4,9, Elias K Haddad1–3,9 & Rafick-Pierre Sékaly1–3,9
1 Laboratoire d’Immunologie, Centre de Recherche du Centre Hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM) Saint-Luc, Montréal, Québec, Canada.
2 Laboratoire d’Immunologie, Département de Microbiologie et d’Immunologie, Université de Montréal, Québec, Canada.
3 Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale U743, CR-CHUM, Université de Montréal, Montréal, Québec, Canada.
4 Immunodeficiency Service and Division of Hematology, Royal Victoria Hospital, McGill University Health Centre (MUHC), McGill University, Montréal, Québec, Canada.
5 Department of Gastroenterology, MUHC, Montréal, Québec, Canada.
6 Laboratory of Molecular Microbiology, National Institute of Allergy and Infectious Diseases, US National Institutes of Health, Bethesda, Maryland, USA.
7 Department of Medicine, University of Minnesota, Minneapolis, Minnesota, USA.
8 Human Immunology Section, Vaccine Research Center, National Institute of Allergy and Infectious Diseases, US National Institutes of Health, Bethesda, Maryland, USA.
9 Department of Microbiology and Immunology, McGill University, Montréal, Québec, Canada. Nature medicine Publication avancée en ligne du 21 juin 2009
Source : Unité de recherches en immunologie humaine (U743 Inserm)



